Les Funérailles. 

Mais telles qu'elles se déroulent actuellement, elles perdent peu à peu de leur capacité à apprivoiser la mort. Ce qui définit un rite, c'est d’arrêter subjectivement le temps, de relier le groupe dans le partage d’une émotion et de marquer le passage d'un état à l'autre par des pratiques collectives qui canalisent l'angoisse. Mais aujourd'hui, on ne prend plus le temps de veiller le mort, on n'extériorise plus son chagrin de la même manière, on ne connaît plus les gestes symboliques - la toilette du mort par exemple - qui permettent d’accompagner l'être aimé dans son passage de vie à « trépas. » Les Rites funérailles font  partie de  rites résistant au temps.

L'appauvrissement des Rites funéraires

Nous avons effectivement de plus en plus affaire à des deuils difficiles. L'une des raisons de cette évolution est que la prise- en charge du mourant est de moins en moins l'affaire du groupe social et davantage celle du corps médical, qui ne produit pas de rituels. Or, les rites ont un impact sur l'inconscient individuel ; ils donnent accès à des représentations mentales de rupture. Entourée par ses pairs, guidée par un protocole ancien dans les étapes du détachement, la personne en deuil peut sortir de la sidération. S’effondrer en étant soutenue, puis reprendre une vie nouvelle. Avec l'appauvrissement des rites funéraires la mort n'apparaît plus comme un événement qui rythme la vie de la communauté, mais comme un drame individuel que l’on confie aux corps médicaux.  Certes, l'appauvrissement des Rites funéraires serait  source de complications psychologiques.

Toutefois, aussi loin que l'on remonte dans le passé, les Egyptiens ont toujours cru à une survie après la mort. Dès le Néolithique, les cadavres sont enterrés près des demeures des vivants, ils sont orientés et pourvus de provisions et de mobilier funéraire, comme s'ils continuaient à faire partie de la communauté humaine ou du moins comme s'ils avaient les mêmes besoins que les vivants.

Ces pratiques se perpétuent lorsque les tombes sont retirées du village pour être groupées en cimetière dans son voisinage. À l'époque historique, les textes font mention de la plus ancienne religion funéraire qui paraît avoir été à la fois chthonienne et stellaire. Le corps continuait à vivre dans le sol, d'où la nécessité de l'approvisionnement et du mobilier, et un principe spirituel (ou plusieurs) libéré par la mort poursuivait une vie éternelle dans les étoiles fixes où il faisait partie de la suite du roi mort qui, lui, s'était uni au soleil.

La Toilette Mortuaire

Autrefois, on effectuait une toilette mortuaire en signe de respect pour le défunt ; des amis, des voisins courageux  et « bon cœur » effectuaient cette tâche trop éprouvante pour l'entourage. Dans la culture chrétienne ou autre, en Afrique, comme en Europe de ces cadavres endimanchés, allongés, parfumés entourés de cierges, le chapelet entre les mains.

Ils représentaient, certes, un cadavre, mais un corps virtuel. En question ! Leur vision avait un aspect surnaturel. Il me semblait percevoir dans ces tableaux surréalistes, une porte d'entrée vers la sphère des immortels.

Le témoignage d’une femme de 45 ans, mère de deux enfants. Elle nous raconte ce qu’elle avait découvert un soir d’automne dans la maison familiale. Aller voir maman. Une visite tout à fait improvisée : « Quand je suis entrée dans la chambre, j'ai eu une terrible nausée : le corps inanimé de maman, décédée la veille, se trouvait sur un lit qui n'avait pas été refait, depuis, je ne sais combien de temps. J'ai été écœurée pour une foule de détails qui m'ont vivement impressionné en un clin d'œil : Ces draps sales, cette robe de Chambre qu'on avait juste enfilée sur sa chemise de nuit. Les yeux, la bouche grande ouverte. Sur la table de nuit, que de médicaments maintenant inutiles. Cette chambre bourrée de nos vieux souvenirs superposés d'objets, des copies de tableaux de qualités moyennes. On sonne à la grande porte, mon père en face de moi, un moment très pénible.

Mais cette terrible nouvelle a eu du mal à sortir de ma bouche. Cependant, je me suis contentée de suggérer de fermer le radiateur, d'ouvrir la fenêtre. Oui maman est morte…, disais-je à papa ! Ce fut  un drôle d’automne !

La Veillée Funèbre

Et, silencieusement, pour faire une prière tout juste marmonnée et avec un buis, on aspergeait le corps d'eau bénite. Les membres de la famille et les voisins se relayaient pour une veillée funèbre auprès de la dépouille mortelle et après l’enterrement, en égrenant leur chapelet. Le deuil proprement dit, était quelque chose de public, avec ses rites bien établis. Il y avait un statut du deuil, avec les vêtements noirs, le brassard que l'on portait.

De nos jours, la majorité des décès ont lieu à l'hôpital et le corps est alors déposé à la morgue d'où il rejoint l'église pour la célébration sans repasser par le domicile. Les contraintes de temps obligent ! Sans doute les procédures sont-elles alors parfaitement aseptisées, mais les proches n'ont plus cette possibilité rituelle de se recueillir devant la dépouille mortelle. Les contraintes de modernité l’exigent ! Les visites sont strictement minutées, là aussi les contraintes économiques l’obligent ! Et lorsque le décès a lieu à domicile, les voisins ne sont plus là pour accompagner le deuil, effectuer les soins mortuaires. Les pompes funèbres au rabais n'incluent pas dans leur tarif une toilette qui exprime un minimum de respects  pour la mémoire du défunt.

Aujourd'hui, la mort est repoussée dans ses derniers retranchements ou reniée au nom de la quête d'une éternelle jeunesse, celle-ci est cachée, aseptisée, comme l'inéluctable issue qu'on ne chercherait comprendre, ni plus voir. Depuis quelques années, des associations, des groupes d'écoute et de parole se sont multipliés pour aider ceux qui souffrent longtemps après la mort d'un proche.

L’Enterrement

Le cadavre ainsi préparé va encore être l'objet de toute une suite de rites avant d'être déposé dans la tombe. Remis à la famille par les embaumeurs (Egypte antique), il est pleuré rituellement dans la maison par les pleureuses, en majorité professionnelles ; Un cortège se forme ensuite, qui emporte sarcophage et mobilier funéraire jusqu'au tombeau. Souvent il faut traverser le fleuve ou des canaux pour arriver jusqu'au cimetière, le transport se fait alors en barque. Arrivé en bordure du désert, le cercueil est placé sur un traîneau que tirent des animaux. Pendant tout le trajet, deux femmes personnifient Isis et Nephtys qui veillent sur le corps ; les prêtres funéraires encensent le cercueil et récitent les formules liturgiques.

Le Rite de l'ouverture de la bouche

A l'entrée de la tombe, un prêtre ou souvent le fils aîné du défunt, procède au rite essentiel de l'ouverture de la bouche, rite qui est censé rendre au mort l'usage de ses différents organes : Parole, ouïe, vue, mouvement, etc. L’âme doit en mesure de répondre de ses actes devant le juge « Osiris » le divin gardien de la nécropole, assistés par des immortels, pour le jugement originel.

L'adieu au mort

Au cours de la cérémonie, un bœuf est immolé, puis la femme du défunt prononce l'adieu au mort. Le cercueil est descendu dans le caveau avec tout le mobilier funéraire. Désormais, le mort va vivre à jamais dans la tombe, mais son premier devoir est de réunir, dans la chapelle qui précède ou surmonte le caveau où il repose.

Le Banquet du Mort

Les assistants qui ont participé à la cérémonie : le mort leur offre un Banquet d’adieu, qu'il préside en effigie. Le dernier acte crucial de générosité.

« Resocialiser » le Deuil

Cependant, pour ceux qui restent dans le monde des vivants, l'épreuve du deuil est souvent difficile voire insurmontable.

Faire son deuil est un processus psychique qui, contrairement à une idée reçue, ne se termine pas mais évolue dans le temps. Toute sa vie, on est endeuillé mais la façon de le vivre se modifie, sauf lorsque ce deuil est compliqué, difficile. La personne reste parfois à un certain stade : la colère, l'incompréhension. Un état qui peut aussi favoriser l'apparition de maladies physiques et psychiques. Ces complications sont fréquentes quand il s'agit de deuils traumatiques, consécutifs d'accidents, de suicides, d'assassinats... 

 Les conséquences du monde postmoderne, interpellent l’Homme, dans sa dimension spirituelle. Les associations, les réseaux d'écoute par téléphone, constituent sans doute alors un utile rempart à l'isolement, l'enfermement.

Aider spirituellement, de l'écoute à la parole. Dans tous les cas, on souffre. Le deuil et la souffrance sont des processus naturels, normaux. Seulement, à un certain moment, quand cette souffrance envahit tout, dépasse, assomme ou anesthésie, le recours à l'autre reste une solution. Il faut parler, voire prendre le chemin de l'aide médico-psychologique ou autre.

Au Québec, des psychologues s'attachent à concevoir avec les familles des cérémonies personnalisées pour envelopper leur chagrin. Ce sont des initiatives très convaincantes. Cependant, il semble que l'invention de rites ne devrait pas être l'affaire des professionnels du soin, sinon l’apport  d’inspiration religieuse.

On sait que 50 % des filles qui naissent aujourd'hui ont des chances de vivre centenaires et donc de voir mourir leurs grands-parents, leurs parents, leur compagnon, mais peut-être aussi leurs enfants et leurs petits-enfants. Si l'on ne se préoccupe pas de réinvestir les rites funéraires, leur vieillissement risque de se traduire par une accumulation de deuils très difficiles. 

Le culte de Morts  La peur de la mort  Le jugement Originel  La réincarnation

Retour début de la page

Le retour à la page  Sommaire

 


Envoyez un courrier électronique à  eglise.animiste@wanadoo.fr  Pour toute question ou remarque concernant ce Site Web.  Copyright © 2013.