Les Oubliés de la Croissance Économique Mondiale

Objectifs du Millénaire

Par Jean-Pierre GUENGANT, UR13 Migration, mobilités, dynamique du peuplement et des territoires

Quelle place pour les plus pauvres ? La taille de la population et l'évolution des composantes de la dynamique démographique, constituent-elles toujours, pour les pays en développement et plus particulièrement pour les pays les moins avancés, des enjeux importants de développement ?La réponse donnée à cette question par les dirigeants du monde lors du Sommet du Millénaire organisé par les Nations unies à New York en septembre 2000 est plutôt ambiguë.
Certes, ce rassemblement visait une synthèse - difficile à arbitrer - des recommandations des nombreux sommets et conférences internationales organisés dans les années 1990. Parmi ces conférences, il y a bien sûr la Conférence internationale sur la population et le développement, qui s'est tenue au Caire en 1994 et s'est terminée par l'adoption, par 179 pays, d'un Programme d'action de 20 ans.Rien d'étonnant donc si les questions
démographiques occupent une place centrale parmi les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) retenus à l'occasion du Sommet du Millénaire. Sept des huit objectifs ont effectivement un contenu démographique, et la plupart des 48 indicateurs associés sont des indicateurs socio-démographiques et sanitaires.
Toutefois, parmi les trois composantes de la dynamique démographique
  - la fécondité, la mortalité et les migrations - seule la mortalité fait l'objet d'une attention particulière.
L'absence des migrations internationales s'explique certainement par le fait qu'il s'agit d'un sujet politiquement sensible souvent considéré comme du ressort exclusif des États.
Pourtant, elles constituent un enjeu important de développement et des relations Sud-nord et Sud-sud. Elles sont également liées aux droits de la personne et à la liberté de circulation et d'établissement. Concernant la fécondité, les OMD n'intègrent pas vraiment le nouveau «paradigme de la relation population-développement», ni la reconnaissance des «droits reproductifs» adoptés au Caire. Ils ne prennent pas en compte non plus les dimensions démographiques de la réduction de la pauvreté.
L'atteinte de nombre des objectifs du Millénaire reste conditionnée dans les pays moins avancés par la maîtrise de la croissance démographique qui reste proche de ou supérieure à 3 % par an, conséquence d'une fécondité toujours élevée. Ainsi, le doublement de la
population scolarisable tous les 20 ans constitue une contrainte sévère à la scolarisation de tous les enfants dans les pays où moins d'un enfant sur deux va à l'école. Aussi, l'association entre fécondité non maîtrisée (associée à des grossesses nombreuses, précoces, rapprochées, et à l'avortement) et taux élevés de mortalité infantile et juvénile et de mortalité maternelle est bien établie.
L'absence de référence aux droits reproductifs
  c'est-à-dire à l'accès libre et informé à des services en matière de santé de la reproduction, y compris la planification familiale, permettant de choisir le moment d'avoir des enfants et leur nombre- est paradoxalement la conséquence de la diffusion, beaucoup plus rapide que prévue au cours des vingt dernières années, de l'utilisation de la contraception au Sud, à l'exception de l'Afrique subsaharienne.

Aujourd'hui, 60 % des femmes en union utilisent une méthode moderne de contraception en Asie, et 66 % en Amérique latine, chiffres équivalents à ceux observés dans les pays développés. L'utilisation de la contraception moderne concerne aussi environ une femme sur deux en Afrique du Nord et en Afrique australe. Mais elle concerne moins de 20 % des femmes en Afrique de l'Est, et respectivement 5 et 8 % en Afrique centrale et en Afrique de l'Ouest. Ainsi, en 2003, près de la moitié (43 %) de la population mondiale vivait dans des pays où la fécondité était proche ou inférieure à 2,1 enfants par femme. À l'opposé, 10 % de la population mondiale vivait dans trente cinq pays où le nombre d'enfants par femme restait égal ou supérieur à cinq. Ces pays sont quasiment tous situés en Afrique subsaharienne et appartiennent au groupe des pays les moins avancés. La décélération démographique qui a accompagné la «révolution contraceptive» en Amérique latine et en Asie s'est opérée dans des contextes économiques très contrastés. Ceci indique a posteriori que le «développement n'était pas nécessairement la meilleure pilule», et que les campagnes d'information et d'éducation et les programmes publics et privés mis en œuvre en santé de la reproduction ont porté leurs fruits, y compris dans des contextes socioculturels et économiques jugés a priori défavorables. C'est dans ce contexte, et en réaction aux excès des programmes de contrôle des naissances visant une réduction à tout prix de la fécondité, que l'idée dominante antérieure qu'une forte croissance démographique constituait un obstacle majeur au développement des pays concernés a été remise en cause.

C'est dans ce contexte aussi que fut adoptée au Caire en 1994, une approche globale, pas nécessairement adaptée à tous les contextes, recommandant l'adoption de programmes généraux de développement visant à accroître les niveaux d'éducation, à réduire la mortalité infantile et la mortalité maternelle, à assurer l'égalité entre sexes. Tous ces programmes ont été repris dans la Déclaration du Millénaire, à l'exception de la recommandation de répondre aux besoins non satisfaits en matière de planification familiale. Onze ans après le Caire et cinq ans après le sommet sur le Millénaire, les informations disponibles indiquent que la plupart des objectifs du millénaire seront atteints dans pratiquement toutes les régions du monde, sauf en Afrique subsaharienne. Les raisons de cet échec annoncé sont multiples. Mais il est clair que le maintien d'un taux de croissance démographique de l'ordre de 3 % par an constitue un handicap supplémentaire à l'atteinte de ces objectifs. Pourtant, dans les pays concernés, un nombre important de femmes et de couples exprime le besoin de maîtriser la taille de leur famille.
Mais ceux-ci n'ont pas accès aux services correspondants en santé de la reproduction et en planification familiale qui ne sont pas prioritaires.
Le succès de la plupart des pays du Sud en la matière semble avoir fait oublier les besoins des pays les pauvres et les droits reproductifs des plus démunis.


Contact. 
guengant@ird.bf http://www.un.org/      french/millenniumgoals  

Les huit objectifs du Millénaire pour le développement

1 - Faire disparaître l'extrême pauvreté et la faim.
2 - Garantir à tous une éducation primaire.
3 - Promouvoir l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes.
4 - Réduire la mortalité des enfants.
5 - Améliorer la santé maternelle.
6 - Combattre le VIH/sida, le paludisme et d'autres maladies.
7-Assurer la durabilité des ressources environnementales.
8 - Mettre en place un partenariat mondial pour le développement.




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