Action d'information
sur des religions et les valeurs spirituelles Africaines exclues, bafouées et réprimées
par le système colonial en Afrique.

La prophétesse retrouve
la vitalité au Panthéon des Divinités de l'église Animiste de notre Temps.
La
Prophétesse Kimpa Vita : Ses adeptes connus sous le nom «Antoniens»
Kimpa Vita, appelée aussi Dona Béatrice, la «
Jeanne d'Arc du Kongo » Fondatrice du mouvement messianique des Antoniens,
Kimpa Vita avait entendu en rêve saint Antoine lui ordonner de ramener le
roi Pedro IV à Sâo Salvador, la capitale du Kongo détruite par la
guerre, et de récupérer les insignes royaux détenus par l'usurpateur Jean
II. Grâce à l'influence que prit sa secte au Kongo, la prophétesse réussit
à ramener le roi dans sa capitale, mais ce dernier ne lui en sut aucun gré,
bien au contraire, et la livra aux autorités ecclésiastiques portugaises.
Condamnée comme hérétique, Kimpa Vita fut brûlée vive en 1706. Son histoire est inscrite dans les archives missionnaires du
Portugal.
Au XVe siècle,
les navigateurs européens ont découvert les côtes africaines et des relations
commerciales entre les peuples se sont mises en place. Mais, en même temps que
les commerçants attirés par le profit, sont arrivés les missionnaires
convaincus de faire le bien en convertissant les populations animistes, qui
souvent bouleversèrent les coutumes, et parfois les esprits. Kimpa Vita fut
victime de ces malentendus provoqués par le choc des cultures.
Après de longs
mois en mer, suivis d’une marche éprouvante, le père Lorenzo atteint enfin
la destination qu’il s’est fixée : Mbanza Kongo, la capitale d’un vieux
royaume situé au centre du mystérieux continent africain. Le Kongo a été découvert
en 1482 par le Portugais Diego Cao et, depuis, ses souverains entretiennent des
relations commerciales basées sur des échanges de produits divers auxquels les
uns et les autres attachent du prix. Le Kongo reçoit des produits manufacturés,
tandis que le Portugal importe des esclaves et des denrées exotiques.
Les Mani-Kongo (rois) ont toujours bien accueilli ces étrangers venus par la
mer, ils ont accepté leur religion et la présence de leurs missionnaires.
L’arrivée du père Lorenzo, en ce mois de septembre 1704, n’a donc rien de
surprenant.
La vieille cité, nommée Mbanza Kongo par les habitants du pays et Sao
Salvador par les Portugais, est le cœur du royaume, l’endroit où se
confrontent la tradition et la modernité. Sa réputation en a franchi les
frontières : c’est dans la citadelle, située sur un éperon rocheux, que se
déroulent les rites royaux et les cérémonies imposées par la coutume, tandis
qu’à ses pieds des maisons, des églises et même une cathédrale rappellent
la présence de ces hommes au teint pâle venus de pays lointains.
Saint Antoine est entré dans sa tête
et parle par sa voix
Les récits parvenus aux oreilles du missionnaire lui ont fait espérer une
prospérité que la ville ne possède plus. Guerres, pillages et incendies ont
mis à terre les belles constructions de ce passé glorieux. La broussaille a
repris ses droits et, dans ce pays fertile, les lianes et les pousses d’arbres
ont soulevé même les matériaux les plus durs pour ne laisser place qu’à
des cabanes en terre, en branchages et en palmes, plus vite démolies, mais
aussi plus vite reconstruites. Le père Lorenzo est atterré.
Le père Bernardo, tout puissant à la cour et conseiller du Mani-Kongo,
va lui donner les explications qu’il attend. Durant trente ans, plusieurs
chefs de régions se sont disputés le pouvoir et une succession de petits rois
ont mis à mal les ressources du pays. Pedro IV, l’actuel roi du Kongo,
pourtant légitimé et reconnu en 1694 par l’ensemble des dignitaires, s’est
retiré sur le mont Kibangu, au nord de Sao Salvador, laissant la ville à
l’abandon.
La population souffre et les esprits s’échauffent. Ils ont besoin d’espoir,
un espoir que semble leur apporter une jeune fille animiste de 20 ans : Kimpa
Vita. Baptisée, elle se dit désignée par Dieu pour apporter à son peuple
les changements tant attendus. Saint Antoine est entré dans sa tête et parle
par sa voix. Il dit : « Un nouveau royaume va naître. Vous devez reconstruire
la ville, relever les maisons, redonner à la terre sa fertilité et ses récoltes
». Les adeptes sont nombreux autour de la jeune fille : « Salve, ô Sao
Antonio ! Ave Maria ! Kimpa Vita, notre Dona Béatrice va nous sauver. » Un
grand mouvement de foules envahit la ville, on crie, on chante, on danse, on
pleure. L’émotion est forte parmi tous les malheureux qui sont venus entendre
la prophétesse. Et elle, jeune, pure, belle, livre ses inspirations : « Le roi
Pedro doit quitter son refuge du mont Kibangu. Qu’il vienne. Nous
l’attendons. »
Une Prophétesse Séductrice aux Yeux
si Beaux
Chacun doit participer au renouveau. Kimpa Vita,
devenue pour tous « Dona Béatrice », illumine son entourage par sa foi et ses
prières. Et l’on se prend à espérer, à retrouver l’envie de participer
à cette grande ambition que propose la foi chrétienne par l’intermédiaire
de sa prophétesse. Parmi les adeptes, un homme grand prêtre animiste l’écoute
avec attention. Il pourrait être son père mais il s’est mis à son service
car il admire sa beauté, sa force et ses convictions. Kimpa Vita a trouvé en
lui un appui. Il est présent lorsqu’elle se retire pour prier. Il l’aide à
convaincre. Dona Béatrice le nomme Saint-Jean, du nom du disciple bien-aimé du
Christ.
Saint-Antoine les inspire. Il faut que le Mani-Kongo revienne. Et Kimpa Vita
prend la tête d’un groupe de fidèles qui se dirige vers la citadelle royale,
en priant et en chantant. Saint-Jean est à ses côtés. Tous deux sont persuadés
qu’ils vont ramener le roi au sein de sa ville. Le groupe de tête franchit
les barrages, et la jeune fille se trouve devant Pedro qui l’accueille avec étonnement.
Que veut cette prophétesse si jeune, aux yeux si étranges et si beaux ? Quel
est ce destin qu’elle lui offre ? L’unité du royaume retrouvé, le
renouveau ? N’est-ce pas un piège tendu par ses ennemis ?
Le père Bernardo n’apprécie pas les déviations du dogme animisme et les
sectes qui en découlent. Pour lui, ces « Antoniens » menacent la foi. Kimpa
Vita ne dit-elle pas que la terre sainte est le Kongo ? Que le Christ est né à
Sao Salvador et que les pères de l’Eglise étaient des Africains ? Bien sûr
elle incite à brûler les fétiches, mais aussi la croix du Christ, et elle
veut créer une église africaine noachique en écartant les étrangers de
l’entourage du roi. Pedro hésite. Va-t-il prendre la tête du grand renouveau
que lui propose son peuple ou endosser la méfiance de ses partenaires blancs ?
Le roi a besoin d’y voir clair. Il demande une confrontation. Dialogue de
sourds entre deux convictions. Pour Kimpa Vita les hommes blancs sont nés de
la pierre de savon et les noirs d’une sorte de figuier. Les racines de ce
figuier doivent reprendre vie grâce aux enseignements de Saint-Antoine, un
Saint Antoine qu’elle incarne et qui manifeste sa volonté de voir le peuple
du Kongo s’affranchir de ses liens étrangers. Pour les missionnaires, voilà
qui est inacceptable, tout comme est sacrilège la déformation de la religion
à laquelle ils assistent. Animisme, Incantations, prières, transes et
contorsions, prédictions et chants divers ponctuent les cérémonies de la
prophétesse, ralliant autour d’elle de plus en plus de monde.
La « Vierge » Condamnée à Mort
Entre les hommes de la science chrétienne, dont il a
besoin pour contrer ses adversaires, et la jeune illuminée aux paroles enflammées,
si convaincante soit-elle, le roi mettra deux ans à choisir, deux années
durant lesquelles Kimpa Vita construit son église.
Devenue aux yeux de tous Dona Béatrice, elle a acquis un prestige qui menace
celui du roi et des missionnaires. « Dieu veut l’intention » clame-t-elle.
« Les prières sont des pièges, les cérémonies religieuses des offenses à
notre propre église ». On écoute ses propos, on la vénère.
Si elle a disparu un jour de 1705, c’est qu’elle a rejoint Saint Antoine et
qu’elle va ressusciter sous peu. Le peuple l’attend. Mais la réalité est
autre.
Prophétesse oui, mais femme aussi. La présence du beau « Saint-Jean » à ses
côtés, sa fidélité, son dévouement ont fini par concrétiser les liens qui
les unissent. La « Vierge du Kongo » se voit contrainte de dissimuler aux yeux
de tous le fruit de ces relations coupables. Elle disparaît mais on finit par
la découvrir. Belle occasion pour les prêtres de dénoncer l’imposture. Une
nouvelle vierge Marie ? Allons donc ! Pour eux Kimpa Vita
doit abjurer publiquement ses erreurs. Ils s’en contenteraient mais elle s’y
refuse, et le Conseil royal prononce alors une sentence de mort.
Et voilà pourquoi, en ce jour de juillet 1706, deux ans après
son arrivée à Mbanza-Kongo, le père Lorenzo assiste à un spectacle qui le
remplit de terreur tout autant que la foule amassée sur la grand place de la
capitale du royaume. Un bûcher est préparé pour l’hérétique. La prêtresse,
son bébé, et son compagnon sont conduits sur le tas de bois et leurs corps
sont environnés de flammes. Dona Béatrice, plus de deux siècles après Jeanne
d’Arc en France, meurt « avec le nom de Jésus en bouche », écriront
les témoins. Mais la jeune Kongolaise a mis l’espérance au cœur de son
peuple animiste. Ses adeptes, connus sous le nom d’ Antoniens, affirmeront
qu’une belle étoile est apparue sur le lieu du sacrifice et ils continueront
à transmettre son message.
L’ancien royaume du Kongo est resté dans la mémoire des habitants qui le
peuplèrent jadis et qui, aujourd’hui sont dispersés en Angola et dans les
deux Congo ; quant à l’histoire de Kimpa Vita elle a été consignée dans
les écrits des missionnaires portugais qui en furent témoins et qui nous
l’ont transmise.
Pour en savoir davantage : Kaké, Ibrahima Baba : Dona Béatrice, la Jeanne d’Arc
congolaise, Ed ABC/NEA 1976 – Balandier, Georges : La vie quotidienne au
royaume de Kongo du XVIe au XVIIIe siècle – Hachette, 1965/1992.

Conversion
forcées et l'Antianimisme Déesse polythéistes
Hommage à Kimpa Le
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