Jenny Alpha, la doyenne des comédiennes françaises est décédée le 08 Septembre 2010

 "Jenny, le sourire. Jenny, la mémoire. Jenny, le chant inlassable. Elle a sorti un album à 99 ans ! Jusqu'au bout une joie de vivre intacte, un rire contagieux et la passion de la scène. Elle part à 100 ans. La fin d'un siècle. C'est un pan de la mémoire martiniquaise qui s'en va. Admirable, un modèle, exemplaire, porteuse d'espoir. Les qualificatifs sont nombreux à l'égard de Jenny Alpha, comédienne et chanteuse martiniquaise, disparue aujourd'hui à Paris, à l'âge de 100 ans."Par Ousmane Ndiaye Maral Amiri.

Née le 22 avril 1910 à la Martinique, Jenny Alpha s’est éteinte ce mercredi 8 septembre 2010 à Paris où elle résidait. Elle arrive à  Paris en 1929 à la fin des années 20, à l’âge de 19 ans, pour  faire ses études et devenir institutrice. Puis, s’était inscrite en histoire géographie à la Sorbonne. Mais elle se consacrera en fait à sa passion, le théâtre.

Dans un article paru dans le journal "Le Monde" en novembre 2004, et intitulé "Jenny Alpha, du ghetto du music hall au théâtre classique", Jenny Alpha racontait que lorsqu’elle avait voulu entrer au conservatoire, on lui avait dit qu’il n’y avait pas de rôles pour Noirs dans le répertoire classique : "'des metteurs en scène me disaient : le public va rire si vous jouez Célimène. J’ai beaucoup pleuré et je me suis beaucoup battue"

La période coloniale l'empêche de percer au théâtre, elle se tournera vers le music-hall, elle commencera une carrière de chanteuse lui donnant l'occasion de rencontrer Duke Ellington et Joséphine Baker.

Le Music Hall étant plus ouvert pour les Noirs, Jenny Alpha jouera dans les boîtes de jazz parisiennes et rencontrera les grands noms du jazz venus se produire à Paris : Lionel Hampton, Ella Fitzgerald, Billie Holliday... "Il ne faut surtout pas être une victime" confiera t-elle à Thierry Desroses dans le documentaire qu'il lui avait consacré, intitulé : "Jenny Alpha, une flamme créole" Jenny Alpha : " Si on veut donner un sens à sa vie, il faut aimer quelque chose au delà de soi-même."

Durant la guerre elle s'engage dans la résistance. Après la guerre son combat sera la reconnaissance de la culture créole dans la mouvance de la négritude. Elle fait la rencontre du poète Noël Villard qui deviendra son mari.

En 1956, elle participera au premier congrès des écrivains et artistes noirs qui se tient à Paris et auquel prend part la fine fleur de l'intelligentsia afro-caribéenne d'Afrique, des États-Unis et des Antilles : Cheikh Anta Diop, Senghor, Richard Wright, Aimé Césaire, Langston Hughes, Frantz Fanon...

Des metteurs en scène d’après guerre lui donneront finalement sa chance au théâtre où elle jouera d’abord dans "Les Nègres" de Jean Genet, puis dans "la tragédie du roi Christophe" d’Aimé Césaire, ou encore "L’exception et la règle de Berthold Brecht", puis dans d’autres pièces du répertoire classique. Elle aura joué dans plus de 60 pièces tout au long de sa carrière au théâtre. En 1994, elle jouait encore dans "La cerisaie", d'Anton Tchekov.

Selon ce qu’elle avait confié au journal "Le Monde", sa participation en 1984 à la pièce "la folie ordinaire d’une fille de Cham" de l’Antillais Julius Amédée Laou dans lequel elle incarnait une femme noire folle croyant devenir blanche a été une "renaissance" au théâtre pour elle : « J’étais ramenée grâce à ce texte à toutes les sources créoles, à toute cette histoire antillaise de l’aliénation mentale ».
En 1956 se tient à  Paris le premier congrès des écrivains noirs, elle y rencontrera Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Richard Wright, Langsthon
Hugues…

Elle commence par la suite une carrière d'actrice et délaisse la chanson. 

En 2008, la société  de production Beau Comme Une Image lui consacre un documentaire de 52 minutes, réalisée par Laurent Champonnois et Federico Nicotra. Le film sera diffusé en France sur France Ô, et en Martinique sur Réseau France Outre-mer où, programmé deux fois en prime-time, il rencontre un succès phénoménal.

Jenny Alpha femme CréoleJenny Alpha était chevalier des arts et des lettres le 9 février 2005, et avait reçu un trophée spécial (en compagnie de Maryse Condé) lors des trophées afro-caribéens 2009 pour l’ensemble de sa carrière en présence du ministre de la culture Frédéric Mitterrand.

Elle a été promue chevalier de la légion d'honneur le 1er janvier 2009.

Au delà de la Martinique, c'est toute la culture française qui est en deuil. Elle était la doyenne des comédiennes ! Une femme d'engagement. Jenny Alpha s'est sans cesse battue pour défendre et populariser la culture créole. Jenny aura vécu pleinement... Voici son ultime tour de chant !

En 2008, à 98 ans, Jenny Alpha avait sorti un album de chansons intitulé ''la sérénade du muguet''

Jenny Alpha en 2009 aux trophées afro-caribéens où elle avait reçu un trophée spécial. On reconnaît notamment Jacques Martial et Frédéric Mitterrand

Quelques liens

L'article sur Jenny Alpha publié dans le journal "Le Monde" le 25 novembre 2004 et reproduit dans le magazine "Antilla", numéro 1119, de décembre 2004, P35-36 est disponible : Ici

Une interview de Jenny Alpha (octobre 2008) est disponible Ici

La fiche consacrée à Jenny Alpha sur Sudplanete.net est accessible Ici

La Dépeche publiée sur le site du journal "Le Monde" intitulée "mort de Jenny Alpha, grande dame de la culture créole" est visible Ici

Documentaires consacrés à Jenny Alpha


"Les vies de Jenny, une histoire de résilience", documentaire de Nathalie Glaudon, (2009)

"Jenny Alpha, une flamme créole", documentaire de Thierry Desroses et Gilles Oddos, (2008)

"Un siècle de Jenny", documentaire de Laurent Champenois et Frederico Nicotra (2009)

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