LES CYCLES SALVATEURS

Fixité Apparente.

Si mon esprit, sans réflexion, vit chaque instant présent, le Monde entier m'apparaît fixe. Un arbre, c'est un arbre; un homme, un homme; et un homme embaumé, vidé de ses viscères, une « forme » éternelle. Je puis, certes, vouloir amorcer ma réflexion. Le palmier de mon village, qu'à peine né, je connaissais, voici aussi haut qu'un pylône de temple. Et ce vieillard, il fut, un jour, un enfant qui jouait sur la rive du Nil. Leurs formes ont changé. Mais mon esprit ne les verra que brusquement changées, quand il s'avise d'y songer. A présent, je comprends qu'à mon insu, tout est mouvant, imperceptiblement. Comprendre, je le sais, ce n'est point ressentir. Pour ressentir, il conviendrait que je savoure un mouvement — comme on goûte le sel — et à chaque moment — comme quelqu'un respire. Alors, vraiment, j'aurais connaissance du Monde.

Pour un palmier, ou pour un homme, cela m'est impossible. Ils vont trop lentement. Mais le Soleil, lui, peut m'aider. Le soir, je le regarde. Son disque rouge s'est posé sur la montagne de l'ouest ; quelques instants plus tard, la montagne l'a pris. Grâce au Soleil, je sens que le Monde entier bouge. Grâce au Soleil, mon guide, je commence à m'habituer à ne plus voir la fixité, à m'éprouver dans un courant.

Les eaux vers le nord coulent, et les cents sou/fient vers le sud, tout homme (aussi) va vers son heure.

Maintenant je puis dire : le mouvant, le vivant, le sacré sont partout.

Mouvement Éternel.

Où vont les mouvements ? Le Disque fournira le grand enseignement. Il monte à l'orient. Par-dessus le plateau de la Terre flottant sur le Noun primordial, le Créateur de toute vie enferme, en son circuit, la création entière. Ensuite, fatigué, il plonge, au crépuscule, dans la zone inconnue qui se nomme Douât, où il se régénère. Oui, il s'y régénère puisqu'il revient paré d'un éclat fulgurant, à la prochaine aurore ! La barque du Soleil, toujours au même endroit, va sombrer à l'ouest, franchit douze régions — les heures de la Nuit — et neuve, étincelante, changée en barque du Matin, elle enflamme les cœurs en annonçant au Monde que la course reprend.

Ainsi, toujours, le mouvement revient; et toujours, sur lui-même, le Monde se referme; et en se repliant, il perdure, éternel. Or, éprouver cette merveille, c'est tenir tout le reste, car l'Univers, partout, apparaît homogène.

A partir du Soleil, on poussera la réflexion. Dans le ciel, les trente-six décans — constellations régnant chacune sur dix jours de l'année égyptienne — majestueusement reviennent sur la voûte de nuit dont le cycle se ferme. Majestueusement aussi, les eaux du Nil se gonflent, envahissent les champs, déposent un terreau qui est le don du fleuve, décroissent en automne et, dans le Sud mystérieux, préparent en secret le flot du nouvel an. Pendant ce temps, l'homme a semé. Sur la terre boueuse que la houe a ouverte, le bon grain est tombé. La moisson se fera au printemps, en musique, docile au rythme universel de la végétation.

L'Égypte fut Consciente de l'Éternel Retour.

Le blé, le Nil et le Soleil sont les preuves sensibles d'un Univers qui se répète. Mais il arrive, hélas! que l'homme oublie la leçon  l'Égypte eut ses sceptiques. Il arrive parfois que, conscient des cycles, il en isole son destin! Il se croit,  l'insensé, en dehors du creuset où ces cycles se croisent. Il doute de l'Éternité.

Cependant, vie et mort  comme le jour, la nuit étroitement s'unissent. Il n'y a qu'un mystère circuit solaire, cycle du blé, une aventure humaine; et son sort est décrit dans les Textes des Sarcophages et le Livre des Morts :

La vie devient mort ('nh m mwl) ;

Mais après le trépas : De mon esprit, j'ai connaissance,

en mon pouvoir est ma pensée ; je recommence à vivre après que je fus mort...

je ressuscite après la mort !

La Connaissance des Fonctions Internes du Cycle.

Tout  être vivant, race, classe, famille, etc. a un début, un déroulement ou existence et une fin. Le « début » est provoqué par la « fécondation » ; celle-ci provient toujours d’un Plan d’énergie de subtilité supérieure. Ce Plan d’énergie subtile peut être au sein de l’espace de notre Terre ; il peut être aussi au delà de cet Espace-temps.

Pour explorer ces domaines de Connaissance il faut disposer de moyens analogues à ceux dont disposaient certains Grands Prêtres de l’Ancienne Égypte. Autrement dit, les approches scientifiques actuelles, limitées à la dimension matérielle, corporelle, physique sont insuffisantes pour y parvenir.

La Signification des Cycles.

Toutefois, il ne suffira point d'apercevoir les cycles, ou même de les éprouver. Un sens se dissimule dans l'entrecroisement des circuits éternels. Il faut en prendre conscience. Difficile question ! La pensée égyptienne y apparaît subtile. Aux siècles à venir, sur son plus haut sommet, l'Égypte lance ici un capital message.

Tout cycle universel n'est un circuit entier que par affrontement de deux moitiés adverses ; et celles-ci, dressant leurs forces opposées, provoquent la fusion d'où naîtra l'Unité.

Tel est le grand secret, si visible pourtant ! Un simple crépuscule en est déjà la clef. Le Soleil de midi, peu à peu, se fatigue. Il cède au gouffre de la nuit. Le voici descendant sous le plateau terrestre, dans l'obscure Douât où Apophis l'attend ; gigantesque reptile, ennemi éternel de Rê qui a vieilli. (Le visiteur des tombes du Nouvel Empire se souvient des parois des syringes royales où la barque solaire franchit les heures de la nuit, malgré le grand Serpent qui freine son progrès.) Dans la Douât, Rê reprend force. Il lui faut ce combat contre le monstre de la nuit, pour durcir son éclat qui reviendra à l'est. Il lui faut Apophis, finalement vaincu, chaque fois renaissant, pour sceller l'Unité.

Double est Toute Structure ; et un Trois très secret enferme l'harmonie et ses deux parts adverses. Dieu en personne est « Trois en Un », disent les textes.

Double est l'Égypte (désert, terre fertile), avec son Nord, son Sud (le Delta, la Vallée), géographiquement unis. Doubles sont les couronnes sur la tête des rois (pharaons « de la Haute et de la Basse Égypte »); une est leur politique. Double est la force en l'homme, qui guide sa conduite (Osiris veut le bien, Seth propose le mal); mais une est la morale. Double est Maât, la déesse qui juge l'homme après la mort, et une est la Justice. Double est l'Espace (zone claire des hommes, Douât sombre des morts), mais un est l'Univers. Double est le Temps, symbolisé par deux lions (hier-demain) appuyés dos à dos, que mesure la course d'un unique Soleil. Dans l'Espace et le Temps, il y a l'homme, enfin, sa face en deux moitiés, et son être physique, également doublé, totalement équilibre, unique; il y a son destin, visible et invisible, sur terre et au-delà. Double est son sort : la vie, la mort.

La Grande Promesse.

Isoler donc la vie humaine en un tronçon terrestre, ne voir qu'une moitié de son circuit total, ce serait pour l'homme seul  nier les cycles d'Univers et nier l'Harmonie. Mais saisir l'alternance, en la vie cosmique, des deux états de l'homme, savoir que l'un engendre l'autre, que de la vie surgit la mort, et de la mort, la vie, c'est se savoir sauvé.

L'Égyptien fut Sauvé.

L'Eternité fut sienne. Son cycle humain se fond à la course solaire, aux circuits d'Univers Homme, Soleil et Univers, toutes formes s'unissent en un même destin. Le destin se fait Homme ; voilà pourquoi l'Homme est divin. Dès que la mort le prend :

De la terre, je sors, et j'ouvre la Doutât.

Aussitôt apparaît le « Disque salvateur » : Vers toi (Soleil), je suis venu...

Quand je contemple ta beauté, mon corps se renouvelle.

Éclairé, rajeuni, l'homme s'unit à l'Astre : Je suis le Disque en chaque jour !

Je suis Éternité (car) je suis Rê sorti du Noun, et mon âme, c'est Dieu !

Tout est donc accompli : Me (voici) l’âme du grand corps.

 souffrance originelle  Cycle de Réincarnation

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