L'Expérience de Mort Imminente,

 un Autre Regard sur la Mort.

Sylvie Déthiollaz
(Centre d’Accueil et de Recherche sur les NDE et autres états de conscience modifiés) 
www.noesis.ch

Après avoir été longtemps considérée comme un moment précis, un changement d’état instantané, la mort a vu peu à peu son statut changer au rythme des progrès de la médecine. Aujourd’hui, il n’existe plus une seule mort, mais plusieurs : mort clinique, cérébrale, physiologique, biologique, etc. Sur le plan médical, la mort a été remplacée par le "processus de mourir", succession d’étapes, où le seuil constituant le passage dans l’état définitif irréversible demeure incertain. Avec le perfectionnement croissant des techniques de réanimation, ces trois dernières décennies ont été témoins de l’apparition d’une nouvelle catégorie de patients ramenés à la vie alors qu’ils s’étaient aventurés plus ou moins loin dans cette zone-frontière.

Ainsi est né le terme "Near-Death Experience (NDE)" - traduit en français par "Expérience de Mort Imminente (EMI)" - pour nommer un état qui malgré l’absence de tout signe de vie n'est pas encore la Mort au sens philosophique du terme, état d’où l’on ne revient pas. 

La Lumière au Bout du Tunnel
L'expérience de mort imminente est une expérience subjective profonde vécue généralement au seuil de la mort, lors d’un arrêt cardiaque, d’un accident ou d'un coma. À ce jour, des milliers de récits ont été recueillis et étudiés à travers le monde. La première caractéristique qui se dégage de ces études est l'invariance de certains éléments de l'expérience que l'on retrouve dans tous les témoignages quels que soient la culture du témoin, sa religion, son niveau social et intellectuel, son sexe ou son âge, ou bien les circonstances qui ont conduit à l'expérience (maladie, accident, suicide). De même, on trouve à travers les écrits de toutes les époques (notamment chez Platon) des récits de NDE, ce qui indique que ces expériences ont probablement existé depuis l’aube de l'humanité. Les récits font état d’une sensation de grand bien-être, l’impression de quitter son corps et de l’observer depuis un point de vue situé en général au-dessus, d’un déplacement à travers un tunnel en direction d’une lumière, d’une communication avec cette lumière, de la rencontre d’entités spirituelles ou de personnes décédées, d’une « revue » panoramique de vie, de visions paradisiaques et de la présence d’une frontière à ne pas dépasser.



En plus de ces éléments, les caractéristiques d'une NDE incluent le sentiment que ce qui est vécu est parfaitement réel et que le témoin est réellement mort, une abolition de la notion de temps et d'espace, une grande clarté de pensée, un sentiment puissant de paix, de calme, de joie, d’unité et le caractère indicible de ce qui est vécu. Dans environ 5% des cas, le contenu de l’expérience peut à l’inverse se révéler si terrifiant que l’individu en ressort fortement traumatisé.
Malgré la présence d’éléments personnels qui rendent unique chaque expérience et bien que l'éducation, la culture et les croyances semblent influencer la façon dont le phénomène vécu est « interprété », tous les témoins décrivent une progression quasi identique de l'expérience et éprouvent des émotions similaires, ce qui suggère que ces données nous renseignent sur des réactions inhérentes à la nature humaine à l’approche de la mort. En effet, loin d’être anecdotiques, ces récits ne sont pas l’affaire d’une poignée d’illuminés comme on serait tenté de le croire. En 1982, un sondage réalisé par l'institut Gallup aux États-Unis a estimé à 8 millions le nombre d’américains ayant vécu une NDE. Une revue de toutes les observations publiées à ce jour à partir d’études rétrospectives a conclu que les NDE surviendraient chez 9 à 18% des personnes qui ont « frôlé la mort de près », toutes circonstances confondues (1). Plus récemment, la première étude prospective à grande échelle réalisée aux Pays-Bas et publiée dans « The Lancet » en 2001 a établi que cette expérience avait été vécue par 12% des personnes réanimées suite à un arrêt cardiaque (2).



 

Expérience de « vie imminente »
Le manque de variabilité rencontré dans les récits suggère que la NDE est fortement conditionnée par des processus neurophysiologiques. Toutefois, les particularités individuelles d’une NDE semblent relever de la culture et de la  psychologie du patient. Par conséquent, beaucoup de théories ont été proposées pour expliquer ce phénomène, impliquant soit des changements neurophysiologiques, soit une réaction psychologique de défense en réponse à l’approche de la mort, ou encore une combinaison des deux. Dans leur étude réalisée aux Pays-Bas, Van Lommel et al. n’ont cependant réussi à mettre en évidence aucun facteur physiologique, psychologique ou pharmacologique différent entre deux groupes de patients réanimés suite à un arrêt cardiaque et ayant ou non vécu une NDE, qui pourrait expliquer le déclenchement de l’expérience. En outre, les tentatives pour mettre en évidence le profil psychologique d’un patient susceptible de vivre une NDE n’ont pas été très concluantes. Bien qu'intéressantes, aucune de ces théories ne rend compte de tous les aspects de l'expérience.  

La NDE est souvent interprétée comme un phénomène dissociatif, car elle en possède plusieurs éléments caractéristiques tels que le sentiment de transcender les limites de l’ego, de l’espace et du temps. Ring a ainsi proposé un modèle selon lequel des traumatismes liés à l’enfance pourraient stimuler le développement d’une protection psychologique sous forme de réponse dissociative et adaptative qui prédisposerait certaines personnes à vivre une NDE à l’âge adulte (3). 
Plusieurs hypothèses psychologiques ont également été proposées pour rendre compte d'un besoin du "Moi" de se protéger face à l'imminence de sa propre mort en se réfugiant dans un monde de fantasmes construit à partir de croyances conscientes et/ou inconscientes. Cependant, comme décrit plus bas, il existe beaucoup d'autres circonstances conduisant à des expériences similaires, voire identiques, qui ne suggèrent aucune nécessité de se protéger d'une réalité devenue trop angoissante. Par contre, il est vrai que les NDE se déroulent toujours selon un schéma constant et tous les récits contiennent un grand nombre de symboles universels (le passage, la lumière, Dieu etc.).

Ces symboles sont en général sans aucun rapport avec les croyances du sujet, ce qui rappelle la notion d’archétypes développée par Jung. Bien que Jung lui-même ait vécu une NDE et ne l’ait pas interprétée en ces termes, certains de ses adeptes ont vu dans la NDE une imagerie archétypale déclenchée par l’approche de la mort. 
Même si la majorité des NDE étudiées à ce jour est corrélée à une atteinte physiologique, il faut souligner que ce n’est pas la seule circonstance capable de précipiter le déroulement d’une telle expérience. Dans certains cas, la seule prise de conscience de sa mort prochaine (danger immédiat) ou encore un traumatisme psychique peuvent provoquer une expérience similaire (Fear-death expérience). En outre, ces expériences peuvent aussi survenir en dehors de toutes situations associées à un danger physique ou psychique. Il s’agit alors soit d’expériences spontanées, soit d’expériences provoquées ou recherchées par différentes techniques ancestrales (chamanisme, yoga, méditation) ou modernes (hyperventilation, sophrologie, neurobiofeedback) basées sur le contrôle du mental, de la respiration ou encore la prise de certaines drogues (kétamine, ibogaïne). Vues sous cet angle, les expériences de mort imminente apparaissent plus comme des expériences de "vie imminente", c’est-à-dire des circonstances particulières au cours desquelles se produit la libération d’un formidable potentiel de l’esprit humain.  

Vivre après une NDE
Vivre une NDE signifie en général vivre une transformation profonde et durable accompagnée d’effets secondaires typiques positifs, revêtant même dans certains cas un caractère thérapeutique : changement de valeurs, sentiment de renouveau personnel, plus grande confiance et estime de soi, altruisme, soif de connaissance, réveil philosophique ou spirituel, détachement des biens matériels et diminution, voire disparition de la peur de la mort sont les termes les plus souvent rapportés. De tels changements de personnalité sont par exemple particulièrement surprenants chez des sujets qui ont vécu une NDE à la suite d’une tentative de suicide. La composante psychologique des NDE est donc importante. D’ailleurs, l’imagerie mise en scène pendant l’expérience relève dans une large mesure de la psychologie de l’individu. Cela apparaît plus ou moins clairement selon les témoignages et les témoins en sont eux-mêmes plus ou moins conscients selon leur propre degré d’introspection. Dans certains cas extrêmes, la NDE peut même jouer le rôle de véritable "psychanalyse accélérée" en permettant la prise de conscience de traumatismes psychiques anciens et profondément enfouis.

De manière générale, la NDE est ressentie par beaucoup comme une seconde « naissance ». 
Pourtant, il ne faut pas idéaliser les NDE dont les conséquences immédiates sont en général loin d’être positives. Même sans parler des NDE négatives, dont le contenu terrifiant peut provoquer un état dépressif accompagné d’anxiété, de cauchemars récurrents et d’une peur exacerbée de la mort (qui sont les signes d’un syndrome de stress post-traumatique), le témoin ressort dans un premier temps fortement fragilisé et perturbé par une telle expérience, même si elle était « positive ». Un repli sur soi, une grande fragilité émotionnelle, une susceptibilité exacerbée, des difficultés à communiquer, des problèmes relationnels et une instabilité tant sur le plan affectif que professionnel sont en effet souvent observés.

La NDE représente un point de rupture dans la vie d’une personne et cette transition sera plus ou moins bien vécue selon la personnalité et le profil psychologique de l’individu.
  Alors que dans les sociétés plus traditionnelles ce type d’expériences ne constitue en aucun cas un problème pour celui qui la vit, chez nous, elle représente une remise en question générale de nos valeurs, de nos croyances, de notre vision du monde et de la réalité. Pire encore, elle fait référence au puissant tabou que constitue aujourd’hui encore la mort dans le monde occidental. Alors qu’elles ne comprennent pas ce qui leur est arrivé, ces personnes rencontrent en général une incrédulité totale si elles se risquent à en parler autour d’elles. Elles se sentent seules, car leur entourage a du mal à comprendre et à accepter leurs changements de personnalité, ainsi que leurs nouvelles valeurs et convictions. De sorte que l’assimilation et l’intégration totale de cette expérience peuvent prendre des années. 
Comme n’importe quelle autre expérience bouleversante, la NDE peut donc constituer un outil d’évolution ou un piège, car face à un tel ouragan intérieur, chercher des réponses à l’extérieur semble souvent plus facile que de commencer une introspection. Grâce à cette expérience, beaucoup se sentent différents, parfois même des « élus » et l’ego de certains se met alors à enfler démesurément. D’autres chercheront à comprendre ce qu’ils ont vécu et s’accrocheront à des interprétations extérieures, des théories pseudo-scientifiques, religieuses ou mystico-ésotériques, qui bloqueront tout processus d’évolution.
  Il existe donc un réel problème de communication pour les personnes ayant vécu une NDE, qui ne rencontrent pas l'écoute et l'attention dont elles auraient besoin pour surmonter une expérience bouleversante, qui constitue dans la majorité des cas un réel traumatisme. Une relecture de l’événement avec un thérapeute averti peut rassurer, éclairer, dédramatiser, et recontextualiser, mais surtout permettre de comprendre que l’expérience vécue n’est pas une fin en soi, mais une source potentielle d’évolution personnelle. 
Actuellement incomprises, les NDE constituent un phénomène d'une grande complexité qui soulève d’innombrables questions. Malgré l'importance évidente que l'étude d'un tel phénomène pourrait avoir en neurosciences, très peu d'investigations scientifiques sérieuses ont été entreprises jusqu’à aujourd’hui. Au-delà de leur composante mystique qui a fait fuir plus d’un scientifique, le puissant tabou social que représente la mort dans notre société en est probablement aussi responsable. On peut disserter sans fin sur la signification de ces expériences, mais quelle que soit son opinion, on ne peut nier l’immense impact qu’elles ont dans la vie de ces personnes. Cet aspect là est à lui seul suffisant pour justifier qu’on s’y intéresse. 


le culte des morts  la peur de la mort  Quand la mort offre la vie

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Pour en savoir plus : 
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Références bibliographiques
  1. Greyson B., The incidence of near-death experience. Med Psychiatry 1, p.92-99 (1998).
  1. Van Lommel P. et al., Near-death experience in survivors of cardiac arrest: a prospective study in the Netherlands. The Lancet 358, p.2039-2045 (2001).
  1. Ring K. and Rosing C. J. The Omega project: An empirical study of the NDE-prone personality. Journal of Near-Death Studies 8, p.211-239 (1990).
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