Les Dong dans l'Empire du Dragon et Culte des Esprits


Les Dong sont un peu moins de 3 millions en Chine. À l’origine, les Dong viennent majoritairement de la province du Jiangxi, ils ont migré par la suite vers la province du Hunan, du Guangxi et du Guizhou. C’est dans ces trois provinces que l’on compte le plus grand nombre de Dong. Ils se nomment "Gam" en langage Dong. Les Dong sont divisés en trois tribus: les Gamlao ("AncienDong"), le Gamjiao et les Gamdan. Elles font toutes trois parties de la même ethnie, cependant elles ont une langue, des traditions et des costumes propres à chacune. Les Gamlao sont la branche la plus ancienne et vivent des les régions montagneuses proches des Miao. Ils seraient arrivés en Chine par la Rivière du Delta des Perles à l’est de la Chine. Ils auraient ensuite remonté la rivière vers l’ouest. Cette branche a conservé de très anciennes coutumes. Les Gamjiao se trouvent principalement dans la province du Guangxi à la frontière avec la province du Guizhou. Certains d’entre eux se sont mélangés avec la branche des Gamlao. Les Gamdan se concentrent principalement dans le district de Liping dans la province du Guizhou. Ils pratiquent le sacrifice de chiens aux ancêtres car ils vouent un culte au Dieu Dragon-Chien.

La langue Dong
Les Dong possède une langue oral qui pendant très longtemps n’a jamais été retranscrite par écrit puisque l’écriture Dong n’a été créée que seulement en 1958. Le gouvernement avait confié alors à un expert la création d’un vocabulaire pouvant être retranscrit à l’aide de l’alphabet latin (comme c’est le cas pour le chinois putonghua - langue commune - qui utilise le système phonétique pinyin). À présent, les Dong utilisent très largement le putonghua pour communiquer.

Costumes Dong
On compte environ une centaine de variétés de costumes Dong dans la région du Qiandongnan (le sud-est du Guizhou). Ils fabriquent eux-mêmes leur tissu appelé "nankin", qui est employé pour la fabrication des habits. Le nankin est teint en brun par des pigments ou des colorants de plantes naturelles comme l’indigo. Pour colorer le tissu, ils utilisent une herbe qu’il mélange à de la chaux, ce qui donne une couleur bleu indigo. Pour la deuxième étape de la coloration du tissu, ils mélangent la peau du kaki (fruit du plaqueminier) avec la chaux et l’herbe appelé indigo ce qui donne une couleur bleu foncé. Pour la troisième étape, ils empilent les tissus et les pressent en frappant à l’aide d’un maillet pendant quinze jours, jusqu’à ce que le tissu devienne plus brillant. Enfin, pour la dernière étape, ils font cuire la peau du buffle et la déposent sur le tissu pour le durcir et fixer la couleur. Plus le tissu est brillant, plus il coûte cher car c’est un signe de bonne qualité.
Leur costume est composé de vêtements externes supérieurs et de vêtements externes inférieur (chemises et bandes molletières). Les vêtements des Dong sont divisés en costumes de fête et de la vie quotidienne. Ce dernier est habituellement fait en nankin noir avec moins d’ornements d’argent et de travaux de broderies au point de croix. Cependant les costumes de fête sont un peu plus complexes. Ils sont ornés par des chapeaux, des colliers, des boucles d’oreille et des ceintures tout en argent. Les couleurs les plus usuelles pour les costumes féminins sont le vert, le violet et le bleu. Elles bandent également leurs jambes de fines écharpes. Les hommes quant à eux préfèrent des vestes courtes boutonnées sur le devant et portent un turban.

Gastronomie Dong

Outre la récolte du blé, du riz, du soja, du thé, etc., les Dong profitent que leur village soit souvent situé près d’une rivière pour pêcher et la pisciculture s’est considérablement développée. En période de dur labeur, notamment pendant la saison des récoltes, les Dong mangeront quatre repas, alors qu’en temps normal, deux ou trois suffisent. Les mets principaux sont le blé, le riz, le maïs, la patate douce, du poulet et du poisson.
L’estomac de bœuf ou de mouton est un plat typique de l’ethnie Dong, il est incontournable lors des festivals qui sont célébrés comme le Nouvel An des Dong. Les personnes venant de l’extérieur, en voyant pour la première fois la préparation de ce plat, pensaient qu’il s’agissait de matières fécales. Par la suite, la renommée de ce plat a fait le tour de la Chine et il est à présent devenu le plat traditionnel que l’on mange dans la région de la ville de Congjiang. La préparation de ce plat est très minutieuse. Le bœuf ou le mouton utilisé pour ce plat doit avoir été nourri avec l’herbe des plaines et les feuilles des arbres, riches en vitamines et en minéraux naturels. Une fois tué, l’estomac et la nourriture non digérée par les intestins sont récupérés et le jus est extrait.
L’estomac est ensuite nettoyé puis coupé en petit morceau et enfin frit dans de l’huile de thé. D’autres parties de l’animal sont également ajoutées à ce plat, comme le pied, la viande située sur le dos ou encore le foie. Le tout une fois cuit est incorporé au jus d’herbe qui se trouvait dans l’estomac, avec du sel, du piment, du poivre, de la ciboule, de la coriandre, etc.
Le goût final est assez relevé et laisse se dégager toutes les saveurs des herbes naturelles. Ce plat se déguste simplement sauté ou en fondue. La fondue permet à tous les ingrédients de s’imprégner de la saveur des herbes aromatiques et laisse se diffuser une agréable odeur lors de la cuisson. Ne vous fiez pas à votre impression de dégoût quand on vous dira qu’il s’agit d’un plat à base d’estomac, le goût est très riche et ces vertus sont nombreuses. Parce que les animaux ont mangé des produits naturels toutes leur vie, ce plat est réputé pour ces vertus médicinales. On dit en effet que ce mets facilite la digestion et peut guérir des maladie gastro-intestinales. À l’origine de ce plat, on raconte qu’un homme ayant des problèmes intestinaux ne parvint pas à soigner son mal par la médecine chinoise. Il observa alors les animaux paître dans les champs, manger de l’herbe toute la journée et tomber rarement malade. Il eu alors l’idée de prendre l’estomac et ce qui s’y trouvait à l’intérieur pour en faire une sorte de plat médicinal. Il fit cuire le tout en y ajoutant des épices et des herbes aromatiques et  dégusta le plat. Quelques heures plus tard, il fut guéri et n’eut plus aucune douleur au ventre. La nouvelle se propagea et la recette fut améliorée d’année en année.


Habitation

Les Dong ont une architecture très caractéristique qui ne manque pas de nous étonner. Les maisons sont traditionnellement construite en bois de sapin et le toit est recouvert d’écorces. Pour chaque naissance, la famille plante plusieurs sapins, ainsi quand l’enfant est en âge de fonder un foyer, le plus souvent à l’âge de 18 ans, ces sapins sont coupés pour servir de bois de construction pour la future maison. C’est pourquoi, ce bois est communément appelé "sapin de 18 ans". Les maisons sont construites le plus souvent sur pilotis (diaojiaolou) et sur deux étages. Le premier, qui est aussi le rez-de-chaussée (en Chine, on considère le rez-de-chaussée comme le premier étage), est réservé aux animaux et aux récoltes et le deuxième servant de lieu de vie. La plupart des villages Dong se situe au bord d’une rivière et les familles d’un même clan habitent habituellement proches les unes des autres.


Culture Dong

Le Grand Chant des Dong a été inscrit depuis 2009 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO. La particularité de ce chant est qu’il est chanté en canon et en chœur, sans chef d’orchestre, sans instrument de musique, on entend seulement la voix des villageois. En 1986, une représentation a eu lieu à Paris sur l’invitation du Festival artistique international de Paris et le public français a été enchanté par ces chants. Un proverbe Dong dit que "le riz nourrit le corps et le chant nourrit l’esprit", ils considèrent le chant comme la nourriture de l’esprit, il est comme un trésor, un savoir, une culture, celui qui en maîtrise beaucoup est très respecté. Dès l’âge de 5 ans, les garçons et les filles Dong apprennent le chant et cette activité devient très vite quotidienne. La langue des Dong étant dépourvue de système d’écriture, le chant apparaît comme un moyen de transmettre leur histoire et leurs émotions. Ils sont une spécificité de la culture Dong. À l’origine de ce chant, les Dong avaient l’habitude de chanter quand ils allaient travailler aux champs. Ils se rendirent compte que les oiseaux et les insectes aux alentours leurs répondaient en s’accordant à leurs voix. C’est ainsi que le "chant des cigales" ("gacanglang" en chinois) devint une nouvelle façon de chanter.


La Tour du Tambour
Elle représente le cœur du village, elle tire son nom du tambour suspendu à son plafond qui est frappé pour appeler les gens à se rassembler. Il est creusé dans un tronc d’arbre et recouvert d’une peau de buffle tendue. L’importance de la tour du tambour est telle que lorsqu’un nouveau village est construit, c’est le premier bâtiment que l’on érige. Elle est traditionnellement construite sans un clou.
Elle représente à la fois le centre politique, social et culturel du village. Politique tout d’abord parce que chaque clan résidant dans le même village est autorisé à construire sa propre tour. Elle est un symbole de bonheur et de stabilité pour le clan. C’est ainsi qu’il est possible de contempler cinq Tours du Tambour dans la ville de Zhaoxing, puisqu’elle abrite cinq clans familiaux différents. Le tambour résonne pour prévenir d’un danger, que ce soit en cas d’attaques, d’incendies, etc., c’est d’ailleurs une de ses fonctions premières. C’est aussi sous cette tour que sont promulguées les lois du village. Elle a également un caractère social parce que c’est sous la tour que se réunissent les gens du village pour discuter, parfois autour d’un feu et jouer aux cartes. Et enfin culturel car il y a toujours un théâtre proche où sont joués les opéras Dong et c’est là qu’ils célèbrent les festivités. La Tour peut être carrée, hexagonale ou octogonale et avoir de multiples étages. Elle est ornée de nombreux avant-toits. Le nombre d’étages est toujours impair, tandis que le nombre d’avant-toits est toujours pairs. Ceci en référence à la cosmologie chinoise du Yin et du Yang, le Yin étant symbolisé par les nombres impairs et le Yang par les nombres pairs. Le Yin et le Yang représente l’harmonie dans la culture chinoise. Avec la modernisation de la Chine, les tambours ont presque disparu des villages, car les habitants utilisent de plus en plus leur téléphones portables pour communiquer entre eux. 

Célébration de Mariage

Les Dong ont pour coutume de célébrer les mariages au lendemain du Nouvel An Dong, quelque fois, une dizaine de cérémonies peuvent avoir lieu au même moment. Des processions de palanches parcourent alors le village entre la maison de la mariée et du marié afin d’apporter les cadeaux et la nourriture traditionnellement consommés. Selon la coutume, la jeune mariée n’habitent pas tout de suite avec son mari, elle fera ainsi plusieurs allées et venues entre chez elle et chez son mari. Ce n’est que le jour où elle tombe enceinte qu’elle pourra définitivement habiter chez lui.


Religion Animiste
Les Dong sont animistes, c’est à dire qu’ils pensent que tout élément de l’univers possède une âme, comme la nature, les grands arbres, la roche, les puits, les ponts. Ils sont également polythéistes, l’une des principales divinités des Dong est Sasui, une divinité du Bouddhisme, mais leurs croyances inclus également des éléments de la religion catholique et chrétienne.
Le pont du Vent et de la Pluie est habituellement présent dans les villages Dong. Ces édifices imposants reposent sur des hauts piliers en bois ou en pierre et sur une charpente de plusieurs grosses poutres de sapin. On environ 56 dans la région de Congjiang (sud-est de la province du Guizhou). Ils mesurent entre 30 et 100 mètres, peuvent faire 3 à 4 mètres de large et 4 mètres de hauteur. La majorité des ponts encore présents ont été construits entre le XVIIe siècle et le XIXe siècle. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles on les nomme ainsi. La première, c’est sur ce pont que les villageois honorent les dieux du Vent et de la Pluie pour favoriser les récoltes. Deuxièmement, le climat étant très changeant dans cette région, ce pont sert d’abris en cas de pluie ou de vents violents. Le pont relie le plus souvent les deux côtés d’une rivière ou relie le village aux champs et sert également de lieu pour se reposer. Le pont qui se situe dans le village est utilisé par les anciens du village et les enfants pour prendre le frais, alors que le pont du vent et de la pluie qui est à l’extérieur du village sert de lieu de rencontre et de séduction pour les jeunes amoureux. De nombreuses croyances et légendes racontent l’origine de la construction de ce type de pont. Une des plus connue raconte qu’un jour de vent violent, un jeune couple traversant le fleuve fut emporté et le jeune femme capturée par un crabe géant depuis longtemps amoureux d’elle. Ne sachant que faire, son compagnon hurla de détresse et réveilla le dragon maître du vent et de la pluie. Le dragon vint au secours de la jeune femme et anéantit le crabe. Ce serait depuis ce jour que les Dong se mirent à construire de tels édifices, en hommage au dragon protecteur. Des peintures sont dessinées à l’intérieur des ponts et représentent les légendes Dong.

Le pouvoir des Divinités

Le pont n'est donc pas seulement ce lieu où l'on passe, mais celui ou l'on se tient pour se dépasser soi-même, porté par les bonnes énergies d'un paysage harmonieux. A mi-longueur du pont s'élève souvent un oratoire. Les Dons font des offrandes, annexant les pouvoirs protecteurs des génies consacrés. On trouve souvent pour gardien Guandi, le général chinois divinisé... Mais le panthéon est vaste. Les esprits de la nature ne sont pas oubliés. Un arbre préside souvent à l'entrée du pont ou du village. Shuikou, littéralement. « la bouche de l'eau », la matrice, définir ce point de perspective, cet encrage géomanrique (fengshui, littéralement « vent et eau ») à partir duquel tout se construit de manière naturelle : une tour, un pont, un village. Les arbres, on les vénère. Ils passent entre générations comme un témoin entre ciel et terre. On les plante à la naissance des filles pour les abattre au mariage. Une filiation chargée d'une terre, d'une mémoire, qui va charpenter le foyer prenant racine. Quand l'ancêtre des Dong est mort, un arbre a poussé sur sa tombe. Bouddha a connu l’Éveil sous un figuier...

Ne pas abattre les vieux arbres, c'est là que résident les esprits protecteurs  «Surtout, ne pas abattre les vieux arbres où résident les esprits protecteurs.» A Zhaoxing, il y a cinq tours, une par clan et une scène de théâtre jouxtant chacune. Le pouvoir n'est rien sans représentation. Qu'un événement néfaste surgisse, le ressentiment d'une divinité envers un ancêtre sera apaisé par les rituels chantés et dansés des maîtres exorcistes. « La tour est un pont entre ciel et terre ! Mais il y a aussi les ponts de la pluie et du vent qui enjambent les rivières et se font enjamber par la pluie puisque leurs toits tiennent les passants a l'abri des intempéries. »Zhou se rappelle la légende de la jeune fille tombant du pont à cause du vent. Les Dong crièrent si fort que le dragon, maître de la pluie et du vent, sauva la jeune fille des pinces du crabe du domaine de la rivière alors qu'il la tirait dans son lit. Depuis, les ponts de la pluie et du vent sont construits avec une galerie couverte. Il sait que le pont n'est pas qu'une affaire de passage entre deux rives, mais aussi d'espoirs pour passer d'un état à un autre. L'eau a toujours cet effet de miroir sur la fécondité. Les communautés vivant autour du pont n'ont-elles pas toujours plus d'enfants? Les Dong savent que les esprits passent le pont quand ils sont en quête de réincarnation. A chaque nouvel an, les Dong le traversent avec eux dans l'espoir d'accroître leur descendance. Un passage plus utérin. Parfois des ponts soin construits sans rivière. Qu'importe ! Il s'agit encore de passage. « Plus difficile de changer d'état d'âme que de changer de rive ! »

En Savoir plus:

Le Culte des Ancêtres   le Culte des Morts    Le panthéon animiste Les hommes-Fleurs

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