L'AFRIQUE EN DEVENIR LE

MARCHÉ DE CARBONE UNE CHANCE Á SAISIR ?

Le marché de carbone, principal outil du protocole de Kyoto pour lutter contre les gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique, est en forte croissance. Les pays ACP (Afrique Caraïbes Pacifique) y ont peu accès aujourd’hui, mais les perceptives s’annoncent prometteuses pour l’agriculture.
Nous sommes en 2015. Les producteurs du maïs de la coopérative Kikundi en Zambie sont à la fête. Ils ont signé un contrat de plusieurs dizaines milliers d’Euros avec une importante entreprise Britannique. De quoi d’acheter  des camions pour évacuer leur production, électrifier leur village et... aménager le terrain de foot. Pour obtenir ce contrat ils ont changé leurs méthodes de culture : désormais ils ne labourent plus leurs champs et veillent à les laisser toujours couverts de paille ou de résidus de culture, Ils empêchent ainsi le dioxyde de carbone (C02) enfoui dans le sol de filer dans l'atmosphère. Ce sont ces tonnes de CC2 efficacement piégées que leur paie, fort cher, la société britannique pour compenser celles qu'elle produit au-delà des limites autorisées.

Science-fiction ? Non, de nombreuses équipes de chercheurs travaillent actuellement sur de tels scénarios. Les agriculteurs des pays du Sud pourraient ainsi valoriser leurs efforts de réduction d'émission de gaz à effet de serre (GES) et devenir des acteurs importants du marché du carbone. Et cela tout en adaptant leur agriculture aux changements climatiques.

Mais revenons au présent. Pour lutter contre le réchauffement climatique, 38 pays industrialisés, signataires du protocole de Kyoto entré en vigueur en 2005, se sont engagés à réduire, d'ici à 2012, de 5,2 % (par rapport à 1990) leurs émissions de six GES, principaux responsables de l'élévation des températures. Les pays du Sud, y compris le Brésil, la Chine, l'inde et l'Indonésie, ont aussi signé le protocole. Cependant, ils n'ont pas d'objectifs quantifiés de réduction d'émissions pour ne pas freiner leur développement.

Les pollueurs sont les payeurs

Le grand principe est de rendre payant le "droit à polluer". Il s'agit d'inciter les entreprises à réduire leurs émissions de GES, en particulier de C02, le plus polluant, en investissant dans des technologies propres. Chaque entreprise dispose d'un quota d'émissions de GES. En cas de dépassement, soit elle paie une amende, soit elle achète des crédits d'émission à une autre entreprise (voir Spore 108). C'est ainsi que s'est développé, ces dernières années, un important marché du carbone sous l'impulsion de lUE.

Celle-ci a mis en place dès 2003 un système européen d’échange de crédits, calculés en tonnes d’équivalent carbone. Déjà, des millions de tonnes de C02 s'échangent chaque année 493 Mt en 2006, soit 30 % de plus qu'en 2005, selon un rapport récent de la Banque mondiale. De très nombreux "fonds carbone" et des bourses comme Powernext Carbon ont été créés pour regrouper les demandes et les offres d'achat. Le prix de la tonne de C02 varie en fonction de l'offre et de la demande. Fin mai 2007, il fluctuait entre 5 et 12 f.

Plusieurs mécanismes ont aussi été mis en place pour favoriser les échanges de crédits. Le plus intéressant pour les pays ACP est le Mécanisme de développement propre (MDP), il permet aux entreprises des pays industrialisés de financer des projets dans les pays en développement pour réduire ou stocker les GES. En échange, elles reçoivent des unités de réduction certifiée des émissions (URCE), utilisables pour respecter leurs propres engagements de réduction d'émissions. Des organismes internationaux comme la Banque mondiale ont mis en place des fonds pour faciliter ces transactions. 

Les Gaz à effet de serre

La Terre absorbe les deux tiers du rayonnement du soleil. Le tiers restant est renvoyé dans l'espace. L'effet de serre résulte de la réverbération des rayons infrarouges bloqués par les nuages, la vapeur d'eau et les GES. Le protocole de Kyoto vise six gaz :
le dioxyde de carbone ou C02 issu principalement de la combustion des énergies fossiles (pétrole, charbon) et de la biomasse représente près de 70 % des émissions de GES dues aux activités humaines ;
— L'oxyde nitreux ou N20 (16 % des émissions) est lié à l'agriculture, à la déforestation et à certains produits chimiques ;
— Le méthane ou CH4 (13 % des émissions) est essentiellement généré par l'agriculture (rizières, élevages)
— Les gaz fluorés tels que HFC, PFC et SF6 (2 % des émissions) sont notamment utilisés dans les réfrigérateurs, les aérosols, les mousses isolantes.
Pour mesurer les émissions de chaque gaz, on utilise une unité commune, l'équivalent C02 ou potentiel de réchauffement global (PRG). Elle vaut pour le C02 qui sert de référence. Le méthane a un PRG de 22, les gaz fluorés ont un PRG de 1300 à 24 000.

Changer pour des énergies propres

Les principaux acheteurs sont, pour l'instant, les Européens. Les plus gros vendeurs sont les Chinois et les Indiens. La part de l'Afrique reste inchangée depuis 2003 à 3 %, dont les deux tiers pour l'Afrique du Sud et les pays d'Afrique du Nord (voir schéma).

Dans beaucoup de pays d'Afrique, les secteurs énergétiques et industriels sont assez maigres, offrant des possibilités limitées d'y réduire les émissions de gaz à effet de serre, tout particulièrement en comparaison de pays comme la Chine ou l'inde, explique Karan Capoor de la Banque mondiale.

Les industriels sont peu enclins à investir, car les offres portent sur des projets trop petits pour leur apporter un nombre important de crédits d'émission.

De plus, un projet MDP est compliqué à mettre en œuvre, car il faut démontrer qu'il entraîne une réduction des émissions de GES dues aux activités humaines et que celle-ci n'aurait pas eu lieu si le projet n'existait pas. C'est le principe de l’ "additionalité ". Le prouver et le quantifier n'est pas toujours facile. Ainsi, pour un projet d'électrification solaire d'un village, il faut calculer le nombre de tonnes de CO2 économisées en ne brûlant pas de bois ou de pétrole lampant c'est l'additionalité environnementale. Il faut aussi montrer que, sans le projet, les villageois n'auraient pas électrifié leur village : c'est l'additionalité financière. Seuls quelques projets énergétiques ont donc pu être vendus en Afrique. En Sierra Leone, le projet hydroélectrique de Bumbuna, qui évitera le recours aux groupes électrogènes polluants, permettra de vendre 880 000 t de CO2 à un fonds néerlandais.

Plus novateurs, plusieurs projets de cogénération d'énergie sont en cours, ils consistent à utiliser des déchets — les résidus agro-industriels (bagasses, déchets d'usine de palme) gros émetteurs de méthane, et les sous-produits forestiers — dans des unités dites de cogénération. Ces unités produisent de la vapeur donnant à la fois de la chaleur utilisable par l'industrie et de l'électricité qui peut être distribuée dans les environs, remplaçant ainsi des combustibles fossiles. Un tel projet est en cours au Gabon, où une usine utilisera les déchets de bois d'une scierie en remplacement du fuel pour produire de la vapeur ainsi que de l'électricité pour la compagnie nationale.

À Maurice, la Société usinière du Sud mise sur la bagasse pour produire de l'électricité en remplacement partiel du charbon et faire tourner son usine sucrière qui produira aussi de l’éthanol. Un projet semblable utilisant la bagasse est prévu au Guyana. Autant d'énergies fossiles non utilisées, autant de tonnes de CO2 à vendre.

Séquestrer le Carbone

L'atténuation ou mitigation des émissions globales de CES - réduction de la consommation d'énergie, changement de pour ces d'énergie, amélioration des transports et du traitement des déchets, réduction de la déforestation - est la première option pour réduire à la source les émissions liées aux activités humaines. La seconde option consiste à piéger le CO2 dans l'atmosphère et à le séquestrer dans des puits de carbone tels que les océans, les forêts et le sol qui, à lui seul, contient trois fois plus de carbone que l'atmosphère.

C'est l'objectif des projets d'utilisation des terres, leur changement et la forêt (UTCF), les mieux adaptés aux pays Afrique Caraïbes Pacifique qui veulent participer au marché mondial du carbone. Mais durant la première  phase du protocole de Kyoto, jusqu'en  2012, seuls les projets de reboisement sont acceptés comme projets MDP, avec de surcroît des limitations dans lUE.

À ce jour, les UTCF ne représentent donc que 1 % des projets MDP Plusieurs ont vu le jour en Afrique. Dans le massif des Aberdares, au Kenya, près de 2 000 ha vont être replantés d'espèces d'arbres locales qui aideront à préserver la biodiversité, à protéger les ressources en eau et à économiser 0,375 million de tonnes de carbone d'ici 2017. Ce projet du Green Beit Movement sera mis en œuvre par les villageois eux-mêmes.

Toutefois, le rôle de la forêt dans la réduction des CES est en partie contesté. Les arbres absorbent effectivement le CO2 tant qu'ils sont en vie. Une fois abattus ou morts, ils rejettent du CO2 dans l'atmosphère. Comment s'assurer que les arbres plantés seront encore debout dans trente ans ? En outre, les projets privilégient souvent la monoculture d'arbres, peu intéressante pour la protection du sol, la biodiversité et l'économie locale. Des scientifiques estiment qu'il serait plus efficace de limiter la déforestation,  qui contribue chaque année à près du quart des émissions totales de GES. Lorsqu'un
hectare de forêt brûle, c'est 100 à 200 t de CO2 qui partent dans l'atmosphère.
Eviter la destruction des forêts naturelles et modifier les activités agricoles semblent être les deux axes de séquestration du CO2 les plus pertinents pour insérer les pays ACP dans le marché mondial du carbone et lutter contre les effets des changements climatiques.

Pour l'instant, ces deux types d'activité ne sont pas vendables, mais la donne devrait changer en 2012. C'est pourquoi chercheurs et experts déploient une intense activité pour arriver à quantifier

avec précision les flux de CO2 des terres cultivées. En effet, les sols se comportent comme des puits ou comme des sources de CO2 selon la manière dont ils sont cultivés. Le labour favorise la minéralisation de la matière organique, et donc l'émission de CO2, et fait des champs une source importante d'émission de ce gaz. Les techniques telles que le semis direct (voir Spore 112), qui préservent la couche superficielle du sol et ne laissent jamais le sol à nu, favorisent la séquestration du CO2. Selon des études du CIRAD au Brésil et à Madagascar, entre 0,5 et 3 t de CO2 par an à l'hectare peuvent être ainsi piégées.

Le Centre mondial d’agroforesterie (ICRAF) mesure aussi par satellite le stockage du CO2 dans les parcelles, largement amélioré par l’agroforesterie. La rotation judicieuse des cultures et une bonne gestion des pâturages sont d'autres solutions à l'étude pour restaurer les sols et améliorer la productivité des terres. La difficulté est d'établir des bases de référence pour de tels projets. Comment effectuer des bilans de carbone dans les champs des paysans ? Comment juger si ceux-ci mettent an œuvre des pratiques agricoles qui favorisent le piégeage du carbone ?

Plusieurs organismes, notamment le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et la Banque mondiale, ont lancé des programmes pour informer les pays en développement, les aider à s'organiser pour monter des projets, former des experts. La FAC a aussi mis au point des méthodes pour les évaluations forestières nationales afin d'estimer les prélèvements actuels de C02 par les forêts, une part importante des inventaires nationaux des GES obligatoires pour les pays qui ont adhéré au protocole de Kyoto.

L'enjeu est d'importance pour les pays ACP, surtout les plus pauvres. lis pourraient ainsi recevoir d'importants financements pour renforcer leur agriculture et se préparer aux changements climatiques qui s'annoncent.

Pour savoir plus :        

Africapractice
www.africapractice.com/case
studies/carbon_1.html
(en anglais)
Asian Development Bank

Fonds carbone pour l'Asie et le Pacifique (an anglais)

www.adb.org/Clean-Energy/ carbon-fund.asp
Banque mondiale

Carbon Finance Unit (en anglais)
State of the carbon market

2006 : A focus on Africa 2006

http //carbonfinance.org/

Router.cfm?PagezDocLib&Catal oglD=30440
StateandTrendsofthe
Carbon Market 2007
http://carbonfinance.org/docs/
Carbon_Trends_2007-_FINAL_-
May2.pdf
CD4CDM
Renforcement des capacités pour le MDP (en anglais) www.cd4cdm.org
Documentation française
Portail sur le changement climatique proposant de nombreux liens et documents

www.ladocumentation francaise.f r/dossiers/changement-climatigue/index.shtml          

CCNUCC
Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques
(une partie des informations est an français) http://unfccc.int/2860.php
Point Carbon
Le marché et les cours du carbone www.pointcarbon.com/Home Carbon%2CMarket%200a category894.html
Dossier SPORE N)130 Août 2007

http://spore.cta.int

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